La prescription du symptôme

J’entame l’écriture de cet article avec le léger vertige de la première fois.

Cela me connecte instantanément à la première fois que j’ai fait un pas en avant pour aller au centre du cercle dans un Chant pour Tous. J’avais peur et j’y suis allé. Une expérience basique que nous sommes amenés à vivre et à revivre dans l’impro-vocale et dans la vie en général avec nos négociations intérieures, nos parades extérieures,… et tous les outils de CNV et autres qui sont généreusement partagés dans le milieu.

A trop se pencher sur la question, il arrive parfois qu’on tombe dedans… Et c’est précisément de cela qu’il s’agit ici. Tomber dedans ! Une invitation parmi d’autres à jouer avec nos petites voix, pas toujours si « lactées » que ça… Alors si c’est pour en faire un fromage, allons-y franchement, choisissons la crème de la crème, visons le saindoux de nos névroses enchanteresses comme si nous allions décrocher la lune ou ne fût-ce qu’un quartier. Ça serait toujours ça de pris.

L’invitation est de tomber pleinement dans ce qui nous hante avec la joie de l’enfant qui va au « train fantôme »… Curieux, inquiet, troublé, enjoué, horrifié,… mais émerveillé quand-même.

En guise d’illustration voici quelques symptômes qui m’ont été prescrits ou que je me suis prescrit moi-même car l’automédication vient assez vite et est même vivement conseillée.

La peur d’être « kitsch » m’a amené à créer la circle song la plus dégoulinante possible. J’avais en tête un piano blanc, une boule à neige, un gâteau de mariage,… J’ai passé chacune de mes « boucles » au peigne fin en m’assurant qu’elles soient brillantes à souhait. Et je me souviens avoir été étonnement très touché par le résultat. Grâce à la contrainte que j’ai prise comme un jeu, cette impro m’a permis d’accéder à une beauté et à une sensibilité que je ne m’autorisais pas jusque là.

La peur d’être scolaire m’a amené à créer la circle song la plus rigoureuse qui soit, avec des noires pointées, des doubles croches, des triolets,… Une musique mathématique qui a fait ressurgir mon bagage académique de pianiste classique qui peut devenir un atout tellement précieux dans l’impro-vocale. Au-delà de la musique, cette circle song a été une manière très puissante de me réconcilier avec l’école au sens large.

La peur de faire toujours la même chose m’a amené à m’auto-parodier avec cœur et sincérité en m’efforçant de rester dans ma zone de confort sans aucune nouveauté si ce n’est celle de creuser ce qui est déjà là. Faire ce que je sais faire le plus possible et du mieux que je peux. Waouh ! Mais quel bonheur de s’offrir parfois le plaisir de rester dans sa zone de confort, de ne pas prendre de risque, de ne pas se renouveler, de s’enfermer dans ce qu’on maîtrise… d’observer comment cela peut aussi faire éclore de la nouveauté et de se libérer ainsi de la tyrannie du développement personnel…

Voici ma petite contribution du jour, une clé parmi tant d’autres qui a été pertinente pour moi à certains moments.

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5 réponses

  1. Gaël Aubrit dit :

    Super article, merci Olivier !!
    Pour la peur de briller, tu as une recette ?

    • Olivier Mahiant dit :

      Smoking, vernis, paillettes,… Trouver une scène de spectacle et se débrouiller pour être éclairé au centre du cercle et que les autres soient dans l’ombre (car la peur de faire de l’ombre est souvent liée…). Jouer à ça très concrètement ou de façon imaginaire. Trouver un cadre assez sécure pour se permettre de jouer pleinement à ce jeu là. Comme je l’ai dit dans mon article, ce n’est qu’une tactique parmi tant d’autres qui demande à être expérimentée dans un cadre ludique et sans trop d’enjeux… En tout cas tu m’as donnée envie. Je vais commencer tout de suite par cirer mes godasses, ça sera déjà un premier pas !

  2. Evane dit :

    Super idée haha, merci pour ce partage riche et sincère ☺️

  3. Ah j’adore l’idée de se prescrire des symptômes de création !
    Je me demande ce que donnerait la prescription « Syndrome de Diogène » ahah !! Quelqu’un veut essayer ?!

    • Olivier Mahiant dit :

      Pourquoi pas, même si mon petit doigt me dit qu’on risque de toucher aux limites du concept…
      Mais c’est peut-être ça qui est bon !

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