Le chant improvisé collectif : outil d’émancipation

Je souhaite partager avec vous mes réflexions à propos de l’intérêt que j’observe à la pratique du chant improvisé collectif dans la construction d’une société plus solidaire, qui promeut l’émancipation de ses citoyens. Ça me fait grand bien de songer à tout ça en ces temps qui manquent cruellement de lumière.

A l’origine de cette réflexion, un article partager lors d’un stage autour du chœur théâtral, « Chœur Battant » que propose la Cie Mangano Massip (super travail en passant…).
Cet article du philosophe M. Philippon parle de Platon, philosophe grec (environ -400 ans avant notre ère) et de son œuvre La République. Il semblerait que ce « dialogue de Platon » soit classé dans le genre littéraire utopique…
Et bien parlons-en… parce que j’ai été très perturbé par son analyse :
« Dans sa République, Platon est encore un peu optimiste : une bonne société doit être gouvernée par la raison, et les progrès que l’on peut, par bonne éducation, faire faire à cette raison en l’homme permettent d’entrevoir une Cité rendue harmonieuse par la connaissance du Bien et du Bon.
Mais les âmes d’or, capables de philosopher, sont fort rares. Celles d’argent, capables de pressentir la philosophie, ne sont guère nombreuses. Celles de bronze en revanche, inaptes à la pensée philosophique, sont en grand nombre. Il faut néanmoins les faire vivre ensemble. »*
C’est là que rentre en jeu l’art, ou plutôt la danse et le chant choral : des disciplines qui vont permettre d’enseigner aux peuples ; il s’agit de « mettre de l’ordre dans les mouvements du corps humain, de façon à en obtenir des retentissements positifs dans l’âme »*. « Le chant et la danse mesurés leur enseigneront, obscurément, une règle de vie »*.

Pour moi, cette lecture fait écho à la construction de nos sociétés modernes. Nos dirigeants doivent toujours nous considérer en majorité comme inaptes à la philosophie et ils nous éduquent à renfort de structures communes qui aujourd’hui nous projettent dans la sphère de la consommation plutôt que dans la pratique artistique : ne bougeons-nous pas sur la même danse des caddies de la grande distribution, au rythme des soldes, et ne chantons-nous pas les mêmes aberrations que nous diffusent abondamment les médias de masse ? Pardon… je reviens au propos…

Notre pratique du chant improvisé collectif m’amène à oser aller plus loin dans l’utopie !
Pour moi, elle se base sur la croyance en l’intelligence collective, sur la recherche d’une autonomie individuelle à se faire du bien tout en prenant soin du groupe.
Les événements Chant pour Tous portent un sens ambitieux. Nous ne suivons pas de partition, nous ne cherchons pas à formater les participants. Au contraire, l’écoute se travaille dans les interactions spontanées, directement reliée à la zone émotionnelle des participants. La singularité, la créativité, la joie du partage… La forme du chant en cercle encourage chacun à se dépasser, à proposer au groupe, à se sentir soutenu par les autres et à faire confiance en ce qui advient, de soi et du groupe.

Tous ces éléments répondent à un véritable enjeu politique. J’y distingue directement les principes de l’éducation populaire qui me sont chers : « de l’aliénation à l’émancipation – s’attacher à déconstruire les cadres qui favorisent la reproduction des habitudes qui nous aliènent en encadrant notre façon de penser et d’agir. Le but est de libérer l’imagination, l’envie, la créativité et l’audace qui vont permettre la transformation personnelle et sociale. »¤

Je vais vite dans mon cheminement de penser, j’en conviens. Mais j’espère simplement vous donner envie d’aller plus loin en allant lire ces textes sur lesquels je me suis basé :
* Article de Michel Philippon : Platon, danse et chorale – https://sites.google.com/site/lesitedemichelphilippon/platon-danse-et-chorale
¤ L’éducation populaire, les principes : http://www.education-populaire.fr/principes/

Bonne lecture et joyeuses soirées de fromage fondu pour en discourir entre amis… (je vous écris dans l’odeur de tartiflette !). Aurélien !.

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2 réponses

  1. Al dit :

    Et selon Tomatis, l’impro développe  » à fond », le cerveau droit donc reliance, équilibre et connexion d’alignement. Donc, c naturel de rechercher notre stabilité corticale. Aucun autre besoin disciplinaire, exagérons un peu !

  2. Coucou Aurélien !
    Intéressant, ça donne envie d’aller lire le bouquin de Michel Philippon parce qu’effectivement a priori, je n’aurais jamais cité Platon comme un modèle pouvant servir à l’émancipation. Platon valorisait les arts et le sport mais en grande partie pour la caste des philosophes. Pour la caste des « bronzes », ces pratiques là étaient au plus des outils de « contrôle du peuple ». Michel Philippon a l’air de dire que non chez Platon il y aurait déjà eu cette pensée des pratiques artistiques et corporelles comme des outils accessibles à tous et pouvant catalyser une transformation individuelle et collective. Ça me rend curieuse ! Merci pour le partage !

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