La place de l’ego dans le chant improvisé

Voilà un article dont j’ai repoussé l’écriture maintes et maintes fois. C’est peu dire que j’ai peur de l’aborder. Je l’avais promis à l’équipe Chant Pour Tous il y a quelques mois, et je me suis retrouvée à quitter le bateau au dernier moment en criant, paniquée, “écrivez autre chooooose”.

Heureusement pour tout le monde, la belle Camille avait encore une super idée, et nous a sauvés du naufrage.

Aujourd’hui, je prends mes rames à deux mains et je vous propose une réflexion autour de la place de l’égo dans le chant improvisé. Je vais d’abord déposer pourquoi j’ai peur d’aborder le sujet, histoire que ça ne me traine plus dans les pattes une fois que je serais partie.

  • J’ai peur d’aborder le sujet parce qu’il me turlupine depuis aussi longtemps que je pratique le chant improvisé, et que ça me semble être une montagne.
  • J’ai peur aussi de tomber à côté, d’oublier des parts évidentes du sujet.
  • Je suis aussi très flippée que cela renvoie une image de moi potentiellement détestable parce que quand je suis entrée dans le monde magique du chant improvisé, tout n’était pour moi que Bisounours et petits cœurs enchantés, et j’imagine que certains d’entre vous ont la chance d’être en éternelle ENR (énergie de la relation nouvelle) avec l’improvisation vocale, et que j’ai peur que ça vous contrarie et que vous me détestiez, parce que j’ai encore beaucoup de travail à faire sur le fait de m’exprimer sans me soucier de ce que vont penser ceux qui m’écoutent ^^’.
  • J’ai également la frousse de ne pas avoir tant de choses à dire sur le sujet, et c’est pour cela que je vous l’offre comme une réflexion ouverte, et non comme un exposé d’expert dans le sujet.

Maintenant que la place de l’ego dans l’écriture de Jessalynn a été mise de côté (😅), passons au sujet qui nous anime aujourd’hui :

La place dans l’ego dans le chant improvisé.

Je dois préciser que ma réflexion prend surtout comme contexte le chant improvisé collectif, en groupe, ou seul mais devant un public. Je ne compte pas les impros sous la douche et les impros au looper que personne n’entend jamais. Ma réflexion peut tout à fait s’étendre à toutes les pratiques artistiques qui se pratiquent en groupe, j’imagine.

Définition de l’ego.

Je prends pour source le journal de Montreal, qui dit :

1 L’ego psychologique. L’ego est la conscience que l’on a de soi, c’est en quelque sorte ce qu’on perçoit de sa personnalité. En psychanalyse, l’ego (qu’on appelle aussi le « moi », le « je ») serait chargé d’équilibrer nos impulsions, notre code moral et la réalité du monde. C’est l’arbitre.

2 L’ego spirituel. Selon les philosophies orientales, l’ego est plutôt une entrave à l’éveil spirituel. C’est lui qui même s’il prend « l’apparence de noyau de notre être nous empêche d’atteindre l’essence des choses ». Par exemple, pour les bouddhistes, l’ego est une illusion, une perception qu’il faut dépasser pour mieux voir la réalité. Pour y arriver, il ne s’agit pas de faire la guerre à l’ego, mais de transformer notre volonté de régner sur les autres en nous réconciliant en profondeur avec nous-même.

J’ai cherché une définition du terme, parce qu’à force de crouler sous des pubs de développement personnel, je n’étais plus très sûre moi même de ce que j’entendais par ego. Eh bien j’entends un mix de ces deux définitions : un ego “conscience de soi”, et un ego “obstacle”. Le mot “ego” n’est pas un gros mot ;).

Le groupe et moi

Dans le chant collectif improvisé en groupe, on existe au sein de ce groupe. Cela vient remuer pas mal notre petit ego quand se posent des questions telles que:

  • Suis-je important.e dans ce groupe ?
  • Le groupe apprécie-t-il mes propositions ?
  • Dois-je me conformer à ce que je projette des attentes du groupe envers moi ?
  • Suis-je plus/moins doué.e que un.e telle?

J’ai envie depuis longtemps d’envoyer bouler ceux qui prétendent qu’ils ne se sont jamais posé ce genre de question, parce qu’ils vivraient dans un monde magique dépourvu de traumatismes, de désirs, d’envies et que pour eux le chant improvisé ce n’est que la connexion à l’Univers de l’Abondance Cosmique, et qu’ils sont bien au dessus de tout ça. Si vous vous reconnaissez dans cette caricature, je m’en excuse, et je m’excuse aussi de ne pas vous croire une seconde.

Surtout que je trouve vraiment très dommage de se passer de ces questions là, de voir où est ce qu’on est confortable ou non, comment travailler sur ces inconforts. D’observer ce qu’on apprécie dans notre fonctionnement, et ce qu’on a envie de changer. Pour moi, nier l’existence et l’activité de notre ego dans un contexte de chant improvisé en groupe, c’est se priver du potentiel de grandir, de se découvrir, de devenir une personne plus alignée avec ses propres valeurs (oh mon dieu on dirait une pub Facebook de développement personnel, cette phrase 😱.)

Moi, ma vie, mon œuvre.

En plus de ce rapport au groupe, il y a le rapport à soi. A ce qu’on produit. A nos petits chefs d’oeuvre improvisés personnels. J’imagine qu’il y a un peu deux “phases” à ce rapport à soi dans le chant improvisé.

  • Phase 1, la phase du débutant transi : c’est le moment par lequel passe la plupart d’entre nous, mais pas tous (selon votre contexte de vie en fait…) qui fait qu’au tout début on n’ose pas se lancer. Notamment dans un contexte de circle song guidé par une seule personne…ça peut être intimidant, on va être jugé (c’est inévitable, tout le monde juge tout le monde, sans que ce soit forcément méchant). C’est encore une fois notre ego paniqué et traumatisé par plein d’expériences pas très glop, qui se met entre nous et le plaisir de créer.
  • Phase 2, l’expert imposteur : c’est le moment où on commence à avoir de la compétence sous le pied, on peut faire un solo sur n’importe quoi, on commence à avoir notre propre style, On fait des arrangements asymétriques sans compter sur nos doigts…on a gagné de l’xp, quoi. Pas mal de monde a pu voir qu’on se démerdait pas mal en impro, et c’est plutôt flatteur quand on a des retours de personnes ayant apprécié notre proposition.
    • Oui mais voilà, il peut arriver que du fait d’avoir une reconnaissance extérieure, on se bloque. On reste dans notre zone de confort, on garde la recette qui marche pour que ça continue à plaire. On n’ose moins prendre de risque, on explore moins. On a peut être beaucoup plus conscience d’être écouté (que ce soit vrai ou non d’ailleurs ^^).
    • On a aussi beaucoup plus conscience quand on produit quelque chose de musicalement moyen. On devient plus exigeant avec nous même. On a un standard de qualité à maintenir, en tous cas on peut avoir cette impression. On se met la pression.
    • On peut avoir tendance à perdre le jeu, à prendre le sujet de plus en plus au sérieux. Bien évidemment, tout cela dépend des expériences de vie de chacun, et je ne prétends pas qu’on passe tous par ces phases là. Mais pour en avoir discuté avec certains, je sais que je ne suis pas la seule à me poser ces questions.

L’ego, un booster aussi ?

Ceci dit, l’ego, la conscience de soi, peut aussi être un moteur de création absolument fantastique. L’envie de se dépasser peut donner naissance à des arrangements merveilleux. L’ego peut nous amener à devenir une version de nous même que l’on accepte plus volontiers de confronter au monde extérieur. L’ego peut être le déclencheur d’une évolution personnelle et artistique fulgurante. Et c’est pas mal aussi.

Bon, pourquoi cet article au fait ?

En fait ma question est de savoir à quel moment l’ego est un obstacle à la création, et à quel moment il nous est utile. A quel moment on est spontané, à quel moment on crée “pour montrer”.

A quel moment il nous limite et à quel moment il nous aide à grandir. A quel moment il nous relie aux autres et à quel moment il nous isole?

Bref, pas de quoi en faire tout un fromage finalement, je me demande bien de quoi j’avais peur.

Et votre ego à vous, il dit quoi ?

Vous en pensez quoi de tout ça ? Êtes vous plutôt team “Univers de l’abondance infinie de la création collective sans interférence de l’individu” ou plutôt team “ouais bon, j’avoue…je suis humain”.

Merci beaucoup de m’avoir lue, Si vous me détestez ne me le dites pas svp, mon ego ne s’en remettrait pas.

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9 réponses

  1. Je t’adore Jessalynn !
    Je laisse ton ego digérer l’information.

  2. Sandra dit :

    Merci Jessalyn, même s’il est bon de fanstasmer sur Univers de l’abondance, il existe peu de moment où l’on trouve cette béatitude qui ne dure que de quelques secondes à quelques minutes, si l’on a plus de chance.
    Je me retrouve bien dans tes interrogations… peut-être doit-on lâcher son mental aussi avec égo ou pas.
    C’est comme tout, en impro parfois la mayonnaise prend, d’autres fois ce que l’on croyait soufflé s’aplatit comme une crêpe. Et c’est bien aussi, je trouve que ça permet de redescendre et de montrer qu’en effet, nous sommes avant tout humains. Et puis au final, tant qu’il y a de la joie, il y a de la vie ^^. Sandra

    • Ghislaine dit :

      Je reprends les termes de Sandra : ‘ tant qu’il y a de la joie, il y a de la vie ! Quelques soit les états que l’on traverse et les « bagarres avec l’égo »… le plaisir du jeu « tous ensemble » l’emporte et pour les quelques chants pour tous auxquels j’ai participé, j’ai trouvé que les animateurs (trices) savent bien nous conduire sur ce terrain de jeu ! MERCI !

    • Jessalynn dit :

      Ouiiiii, je suis d’accord !! Malgré cette réflexion qui est présente en moi, c’est la joie qui ressort le plus souvent 😉

  3. Marie Prost dit :

    Merci Jessalyn de t’être lancée sur ce sujet. Tu es mûre pour donner des stages de développement personnel haha !
    Blague à part, c’est chouette ta description.
    Il m’est resté une remarque de Gaël sur le fait que dans le chant, comme dans la vie, on est tout le temps en train de chercher l’équilibre. Cela inclue je/nous, vertical/horizontal et plein d’autres domaines des plus concrets ou techniques aux plus abstraits ou spirituels. J’aime bien cette vision.
    Allez tiens pour la route, une citation qui illustre ce que je veux dire : « Le chaos naît de l’incapacité, comme dirait Héraclite, de faire du jeu des contraires l’équilibre qui rend possible la splendeur du monde. » Reza Moghaddassi

    • Jessalynn dit :

      hahaha, j’ai peut être raté ma vocation, va savoir. Je me verrais bien en gourou moderne avec une belle robe blanche 😀
      Merci pour ton retour sur la réflexion. J’aime bien la vision de Gaël en effet =)

  4. miègeville dit :

    Vous avez bien résumé et le « fromage » s’affine tranquillement je trouve.Arrivée à ce niveau de réflexion vous ne craindrez plus ni pour votre égo ni lui même ,comme un bateau qu’on lance à la mer qu’on sait qu’il tiendra bon par tous les temps et finalement « sentir » le mouvement qui fera avancer,viendra nourrir la relation d’écoute….bon vent et merci pour votre belle exigence.Michel.

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