Bertsolarisme ou l’art de l’improvisation poétique chantée

Ce mois de mars aura eu l’intérêt de voir venir le printemps et le changement d’heure pour préparer l’été. Mais il aura aussi fallu accuser le coup des nouveaux confinements par département, et d’un horizon à nouveau sombre pour toutes les pratiques de chant collectives.

Il n’empêche, j’ai envie de rebondir sur l’article de Jess du mois passé : l’improvisation poétique (avec des mots compréhensibles), et d’aiguiser notre curiosité à explorer une pratique tout à fait corona-compatible ! =)

J’ai emménagé au Pays Basque, et je découvre ici une culture locale forte et riche de ses traditions. Entre les danses et les musiques instrumentales, il y a aussi cette pratique d’improvisation poétique chantée : le Bertsolarisme (ou Bertsularisme, ou Bertsolaritza en basque), dont j’aimerais vous parler.

Dans l’histoire de l’humanité, les traditions d’oralité étaient nombreuses. La « parole vive » a pris les tons et accents de tous les patois et dialectes ruraux.

La « langue française » aurait-elle inspiré un style plus écrit ? C’est bien possible. Et j’ai même envie d’en développé l’idée : c’est ce cher Napoléon qui imposa la langue française sur tout le territoire, en interdisant la pratique de tout autre dialecte. Et cette langue officielle, la langue d’oïl, était bien une langue pensée pour et par l’écriture : langue royale puis juridique et administrative pour les pays occidentaux.

Est-ce pour cela qu’il semble si inconcevable de mal parler le français ?
La gêne qui m’envahit quand je tente une improvisation avec des mots viendrait-elle de là ?
Bizarrement, je m’amuse souvent à faire du yaourt en anglais, mais une petite voix intérieure m’interdit l’accès à ce plaisir quand il s’agit du français…

Alors qu’est donc ce Bertsolarisme ?

Une pratique d’improvisation de poème chanté, en euskara, c’est-à-dire en langue basque.
Cela se rapproche du théâtre d’impro : un chanteur, on lui donne un thème, 3 secondes pour réfléchir, et c’est parti ! Pour la mélodie, le chanteur va choisir parmi un répertoire de mélodies traditionnelles. Et pour les paroles, la seule contrainte, c’est de faire de belle rime !

C’est tout l’intérêt de parler basque, car dans cette langue la terminaison des mots va pouvoir s’adapter plus facilement que ce que nous connaissons en français.

Un exemple ? Déjà, il n’y a pas de genre, masculin ou féminin, pas de différence. Ensuite, l’article défini « le » ou « la » va donner la terminaison « a » à la fin du mot, et « les » donne « ak » :
chant = kantu ; le chant = kantua ; les chants = kantuak

– Chant pour tous = Denentzat kantua –

Allez ! Un exemple concret ! Je vous propose cette vidéo où vous pourrez voir l’engouement populaire de ce type d’événement [sous-titres dispo dans les paramètres] :
https://www.youtube.com/watch?v=mA4QdBRFM7c

Pour aller plus loin, un super article sur le sujet : https://www.euskonews.eus/0056zbk/gaia5608fr.html
Et les sites officiels www.etxepare.eus et www.mintzola.eus

Je vous invite maintenant à expérimenter ça entre vous ! Parce qu’il faut savoir qu’il y a des écoles de Bertsolarisme, ici, au Pays Basque. Ça se travaille !
Joyeux printemps à tous ! Très belle pleine lune !
Je vous dépose tendrement entre les mains de Gaël pour ce mois d’avril !
Aurélien !.

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1 réponse

  1. Camille dit :

    Merci Aurélien pour cet article ! Hyper intéressant de lire sur cette pratique du Bertsolarisme (d’où ça vient ce mot, de Mr Bertsol qui improvisait avec les mots en euskara ?) et de lire comment l’euksara se construit. Ça donne envie d’aller fouiner sur le Pays Basque et d’aller te voir !

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